« 5 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 15-16], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11566, page consultée le 24 janvier 2026.
5 janvier [1844], vendredi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon Toto bien aimé. Bonjour toi, bonjour vous, bonjour le plus aimé et le
plus adoré des Toto. Bonjour, je te baise bien tendrement sur toutes les coutures
et
plus avant encore. Tu devrais venir mettre tes bottes ce matin, elles sont prêtes
et
cela me donnerait en même temps le bonheur de vous voir, ce qui ne m’est pas
indifférent, au contraire. Au contraire est joli pour
exprimer qu’on donnerait sa vie pour un jour passé avec son Toto adoré. C’est par
trop
abréviatif aussi.
Jour Toto, jour mon cher petit o, jour je vous aime. Je recommande à Dédé de faire toujours bonne garde et d’éloigner toutes les Clara plus
ou moins Duchâtel1. Je n’ai pas besoin, moi, que vous me
passiez devant le nez avec ces demoiselles tandis que je me morfonds à vous désirer
dans mon coin. Prenez garde à vous, scélérat.
Je viens d’envoyer le volume, les
reconnaissances et l’argent à la mère Lanvin. Il est probable que nous aurons tout cela demain. Je n’entends
toujours pas parler de M. Pradier. Claire travaille à force à des exercices de
grammaire et de calculs. Seulement, je ne suis pas en état de savoir si elle travaille
utilement. Je suis sûre seulement qu’elle emploie son
temps. Je voudrais te voir, mon amour, pour me remplir les yeux et le cœur de joie.
Je
t’aime, mon Victor, comme jamais femme n’a aimé un homme et je te vois si peu que
c’est un supplice qu’aucune créature humaine n’aurait pu supporter comme moi. Mais
les
forces me manquent quelquefois et j’ai besoin que tu viennes m’en redonner dans un
baiser. Mon Toto chéri, je baise tes yeux, ta bouche, tes mains, tes pieds. Je
t’adore.
Juliette
1 Expression à élucider que Juliette reprend avec des variantes : le 6 janvier 1844, samedi soir, « et autre Clara plus ou moins Clémentine » ; le 15 mai 1848, après-midi, « avec les diverses Clara plus ou moins Duchâtel que vous protégez ».
« 5 janvier 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 17-18], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11566, page consultée le 24 janvier 2026.
5 janvier [1844], vendredi soir, 9 h. ¾
Vous vous tirez toujours fort adroitement des mauvais pas dans lesquels vous vous
engagez, mon Toto, je le sais que de reste mais que devient l’amour, que devient le
bonheur de votre pauvre Juju dans tout ça ? Vous
avez eu beau me dire de votre voix la plus douce et avec votre plus charmant sourire
que vous m’aimiez, je n’en conserve pas moins la douloureuse impression de vos baisers
donnés d’une manière si ridiculement passionnéea à la somnolente Mme Guérard. Je sens à la tristesse profonde que me
causent tous ces petits faits que vous traitez si légèrement à présent que je touche à quelque affreuse révélation. J’ai beau avoir fait
d’avance le sacrifice de ma vie à ton amour, le jour où il me sera prouvé que tu ne
m’aimes plus j’éprouverai tout le désespoir de l’inattendub. J’éprouverai mille morts dans un
moment. J’aurai l’enfer dans le cœur. Je ne sais pas ce que je deviendrai : d’y penser
seulement cela me fait peur.
Je ne te dis pas cela pour t’effrayer, mon Toto,
car je sais trop bien que rien ne peut retenir l’amour qui s’en va. Je me tuerais
sous
tes yeux que tu ne pourrais pas m’aimer une seconde de plus. Aussi, je ne compte sur
rien en ce monde pour prolonger ton amour au-delà de ce que tu le sentirais tout
naturellement. Seulement je guette avec angoisse le moment où tu ne m’aimeras plus
car
je ne veux pas m’imposer à toi. Je ne veux pas de ta pitié et de ton dévouement, je
veux ton amour voilà tout.
Je suis triste ce soir, mon Toto, depuis bientôt onze
ans c’est la première fois que tu m’as donné le chagrin de te voir désirer une caresse
qui ne soit pas de moi mais c’est encore trop.
Juliette
a « passionné ».
b « l’inatendu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
